L’historique de la maison

Dans une atmosphère de cabinet de curiosités, Deyrolle rassemble d’importantes collections destinées à tous les amateurs des choses de la nature, pour parfaire leur connaissance et satisfaire leur sensibilité artistique.

Achille DeyrolleCette maison, qui reste un lieu unique en Europe, n’a pas failli à sa vocation pédagogique depuis qu’elle fût fondée en 1831 par Jean-Baptiste Deyrolle, très vite relayé par son fils Achille. Tous deux passionnés d’entomologie ils développèrent rapidement un commerce florissant basé sur la vente des insectes et le matériel de chasse pour les collections d’histoire naturelle, tout en développant l’ activité de taxidermiste qui marqua les débuts professionnels de Jean-Baptiste Deyrolle.

Emile DeyrollePuis en 1866 Émile Deyrolle reprend la maison fondée par son grand père. C’est l’époque où l’Histoire naturelle connaît un véritable engouement. La collection, et l’observation des insectes intéressent de nombreux d’amateurs et beaucoup de sociétés d’entomologie sont alors créées partout en Europe. Des voyages lointains, les scientifiques rapportent de grandes quantités de spécimens enrichissant considérablement les collections des muséums d’histoire naturelle.

Tout autant passionné de ces sciences de la nature que son père Achille Deyrolle, Emile va poursuivre l’activité de taxidermiste et développer la vente de matériel pour la chasse et les collections d’insectes. Il va aussi consacrer une grande part de son activité à la publication et à la vente d’ouvrages spécialisés sur la faune et la flore.

Cabinet de curiosité Deyrolle Parallèlement à cette activité de libraire-éditeur Emile Deyrolle donne un essor très important à l’entreprise en développant tout ce qui concerne le matériel d’enseignement, les modèles anatomiques et en staff, les pièces de biologie, et surtout l’édition de planches murales colorées, publiées sous le titre « Musée scolaire Deyrolle ». Destinées à différentes classes, des primaires aux secondaires, puis universitaires, elles ont alors pour vocation d’apprendre les « leçons de choses » aux plus petits, mais surtout la botanique, la zoologie, l’entomologie, la géographie, l’anatomie humaine ou l’ instruction civique.

Dès les années 1870 plusieurs centaines de sujets sont déjà traités et l’État devint le principal client de la maison en équipant toutes ses écoles des planches Deyrolle. Les argumentaires des catalogues de l’époque ont pour mérite d’être clairs : « L’Éducation par les yeux est celle qui fatigue le moins l’intelligence, mais cette éducation ne peut avoir de bons résultats que si les idées qui se gravent dans l’esprit de l’enfant sont d’une rigoureuse exactitude ».

Planche pédagogique Deyrolle en arabe {JPG} Cette activité d’éditeur prendra avec Émile Deyrolle chaque année de plus en plus d’importance avec la création continue de nouvelles planches didactiques. Il fournira même un grand nombre d’entre elles avec la traduction pour l’Espagne, le Portugal, l’Angleterre et les pays du Maghreb.

En 1888, après des débuts rive droite et après avoir installé d’immenses ateliers de menuiserie, de taxidermie et de verreries à Auteuil, rue Chanez, Emile Deyrolle installe ses bureaux mais surtout son magasin au 46 rue du Bac où la maison va occuper un grand espace au 1er étage de cet ancien hôtel particulier de Samuel Bernard (fils du banquier de Louis XIV). La vocation de l’enseigne y reste avant tout pédagogique. Outre le matériel scientifique, le mobilier scolaire et les planches murales fournis à toutes les écoles et universités de France, beaucoup d’ouvrages spécialisés sont publiés par les Deyrolle.

Emile Deyrolle s’appuie sur son gendre, Paul Groult (mari de Camille, sa première fille) pour la gestion du magasin, et sur son fils Gabriel Deyrolle pour la gestion des ateliers. En 1892, Emile Deyrolle cède la gérance de son affaire par moitié à Gabriel Deyrolle et Paul Groult. En 1937, Gabriel Deyrolle et Paul Groult cèderont leurs droits à Georges Groult, fils de Paul Groult, qui héritera de l’affaire et s’en occupera jusqu’en 1978.

Pour présenter les multiples collections un mobilier spécifique est crée et installé sur place… (Une grande partie y est encore fonctionnelle). Des collections de minéraux, coquillages, papillons et insectes, herbiers, préparations microscopiques, matériel d’ostéologie, des équipements de récoltes botaniques ou zoologiques sont fournis à de nombreuses universités mais également à toute une clientèle de naturalistes et collectionneurs passionnés.

L’activité de taxidermiste avait pour but d’enseigner la zoologie aux étudiants mais attirait aussi toute une clientèle de chasseurs venus apporter leurs trophées pour les y faire naturaliser dans les règles de l’art. Ce mélange des genres est cependant parfaitement organisé, structuré et les collections sont validées par toute une équipe d’universitaires et de scientifiques attachés à la maison. Et dans toutes ces pièces qui se succèdent au gré de leur spécialité, dans une ambiance d’immense cabinet de curiosités, défile un cortège de personnalités de tous horizons qui vient y puiser quelque inspiration, parfaire leurs connaissances ou tout simplement jeter un regard curieux, admiratif...

Des peintres comme Bernard Buffet, Mathieu, des surréalistes comme Salvador Dali, André Breton, des écrivains comme Louise de Vilmorin ou des philosophes comme Théodore Monod ont en leur temps beaucoup fréquenté Deyrolle.

Deyrolle le renouveau

Deyrolle avant l'incendie - Marc DantanAprès quelques années de déclin et plusieurs propriétaires ayant succédé à la famille des Deyrolle l’entreprise est rachetée par Louis Albert de Broglie en 2001. Avec l’aide de Dominique Guéroult et de toute l’équipe il va restaurer et redonner à cette boutique-musée sa vocation première.

Tout en entreprenant de grands travaux de rénovation Louis Albert de Broglie affiche sa volonté de perpétuer l’esprit de ce lieu magique. La démarche pédagogique est renforcée avec la réédition et la commercialisation des anciennes planches et les collections sont entièrement reconstituées. Papillons et coléoptères emplissent à nouveaux les tiroirs, venant y rejoindre des collections déjà anciennes. Les boites pour collectionneurs sont fabriquées pour Deyrolle par les meilleurs artisans et sont particulièrement appréciées pour leur qualité.

Les taxidermistes les plus talentueux contribuent à reconstituer cette immense arche de Noé : oiseaux de toute beauté, fauves somptueux et mammifères de tous les continents viennent repeupler les salons de cette galerie unique au monde. Ils sont ici de vraies vedettes et figurent dans les meilleurs castings parisiens avant de faire la une des magazines ou de spots publicitaires.

Les réalisateurs de films ne sont pas les derniers à être friands des décors et des collections de la maison : Une des scènes de Papillon de Philippe Muyl fut tournée dans le cabinet d’entomologie et Woody Allen investit l’espace en juillet 2010 pour son film, tourné à Paris, qui sortira en avril 2011.

Relance de l’activité d’éditeur

Les gestes responsables - DPAEn 2007 Louis Albert de Broglie a pour objectif de relancer l’édition de planches pédagogiques « après avoir expliqué la terre au plus grand nombre, il s’agit maintenant d’expliquer comment la préserver ». C’est le début d’une nouvelle collection qui compte déjà aujourd’hui plus de soixante planches publiées sous l’entité Deyrolle pour l’Avenir ©. Toutes les thématiques liées à la protection de l’environnement sont abordées et traitées en trois chapitre principaux : Préserver la biodiversité, Agir pour l’avenir et Comprendre les équilibres naturels. www.deyrollepourlavenir.com

Le feu destructeur et créateur

Le 1er février 2008, à cinq heures du matin, le feu démarre dans le cabinet d’entomologie et l’incendie, par sa violence, détruit plus de 90% des collections et du mobilier entomologique. Le spectacle consternant de désolation suscite aussitôt une avalanche de témoignages de sympathie d’un public qui refuse de voir disparaître ce patrimoine tant parisien que mondial…

L'incendie DEyrolleLes soutiens affluent de toutes parts, particuliers, entreprises, voisins, visiteurs étrangers… créée à cette occasion l’Association des Amis de Deyrolle centralise les dons et les aides, les témoignages d’amitié. « Au lendemain du sinistre ayant dévasté Deyrolle, le spectacle affligeant des vestiges du décor d’origine et des collections zoologiques ne pouvait que frapper les artistes qui étaient déjà familiers de ce lieu. L’ensemble dévasté se présentait comme une évidente métaphore de la fragilité de la nature et de la précarité des espèces. D’emblée certains photographes se sont proposés d’en faire le reportage. Le résultat frappant de leurs prises de vue a donné l’idée de poursuivre en sollicitant d’autres créateurs." *

Toutes les œuvres offertes par les artistes à l’Association des Amis de Deyrolle firent l’objet d’une vente aux enchères organisée par Christie’s au Musée de la chasse et de la nature et c’est le résultat de cette vente qui permit plus tard de reconstituer le cabinet d’entomologie, mobilier et collections. . Une action généreuse et solidaire qui est venue s’ajouter aux élans d’amitié non moins généreux des maisons Hermès, Gallimard, de l’Institut Jardiland et de Beaux Arts Magazine.

Gallimard publie Deyrolle pour l’Avenir , un ravissant petit livre préfacé par Pierre Assouline et Beaux Arts Nature Fragile , le livre-catalogue de la vente des œuvres d’art. Hermès réédite le Carré Plumes d’Henri de Linarès aux couleurs de Deyrolle ; il sera vendu par souscription spéciale et Jardiland baptise une rose du nom de Deyrolle. Parallèlement de nombreux particuliers font don de collections : soit de papillons soit d’animaux naturalisés.

Deyrolle toujours

Et c’est vingt et un mois après le drame que la reconstruction est totalement terminée après d’énormes travaux. Les collections ont été entièrement reconstituées et le 25 septembre 2009 l’exposition des photographies de Laurent Bochet, accompagnée de la sortie du livre 1000° (Editions Assouline) marque la réouverture totale du cabinet d’entomologie. Un mobilier exceptionnel (3000 heures de travail, 300 tiroirs) réalisé par les Ateliers de la Chapelle constitue le point d’orgue de cette restauration.

La collaboration avec des éditeurs se poursuit : après la publication chez Hoebeke de L’Ecole de la Nature par Yves Paccalet en 2004, puis Tomates d’Hier et d’aujourd’hui par Louis Albert et Dominique Guéroult en 2006 et Plantes médicinales d’hier et d’aujourd’hui par Marie d’Hennezel-Whitechurch en 2007, c’est le grand succès avec Deyrolle Leçons de choses paru chez Michel Lafon en octobre 2010.

Quant au partenariat avec les artistes il ne s’arrête pas à cet évènement malheureux et les projets d’expositions sont nombreux. Deyrolle n’aura donc jamais cessé d’être un lieu d’inspiration unique au monde.

Depuis avril 2010 Deyrolle a reçu le label "Entreprise du Patrimoine Vivant". Ce label, une marque de reconnaissance du ministère de Économie de l’Industrie et de l’emploi, distingue près de 800 entreprises pour l’excellence de leurs savoir faire artisanaux ou industriels. Par ce savoir-faire reconnu ces entreprises marquent leur appartenance au patrimoine historique national.

*Claude d’Anthenaise

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